Matières noires

Collection de 5 vidéos-sons de courtes durées explorant la notion de réminiscence à travers une recherche formelle sur l’inter-dépendance du son et de l’image, 2012-2014

Une douceur qui fait mal, texte de Sylvie Corroler, Directrice de la Fondation espace écureuil, Juin 2015 à Toulouse.

(…) Comme cela est facile avec les choses, la matérialité. Jeter et oublier. Mais le souvenir ne fonctionne pas ainsi. Dans son silence qui revient sans cesse, il y a du flou et du bruissement, quelque chose de la ténacité. Cette ténacité est ici dans des images presque fixes d’un ciel, d’un arbre, d’une photo d’enfant. Des vidéos comme de courts écrits, percutants, qui oscillent entre rêve et cauchemar.

Pas de narration. Le souvenir n’est pas une histoire qu’on raconte, c’est une trace, une image, un bruit, un son, une musique. Et c’est un collage qui fait surgir la voix des morts et celle du temps ancien, sans exubérance, avec même une certaine douceur : une douce nostalgie horrifiante. Entre la mémoire et l’oubli, le malaise est obsédant. Les images sont bienveillantes, les films sont implacables.

Et le doux éclat de lumière brûlera toute l’image, dans un effacement total et douloureux. La douce douleur de gratter ses plaies en voie de guérison, afin de retarder l’effacement que l’on souhaite et que l’on redoute. Car on ne peut se séparer de cette idée idiote : la peur de disparaître en même temps que cette sourde douleur qui nous accompagne depuis si longtemps et dont on dit qu’on aimerait se débarrasser. Alors, croyons-nous, nous voyagerions légers, si légers (…)

Construite sur le principe d’un chiasme, cette vidéo-son interroge l’émergence du sens dans un chassé-croisé entre ce qui est montré et ce qui est donné à entendre.
Les premiers instants la perception est uniquement visuelle, puis l’intrusion d’une narration sonore modifie la perception des images qui, d’espaces projectifs, deviennent illustration du propos.
Dans cette vidéo, le son (musique du compositeur norvégien Nystedt), semble être à l’origine de l’altération de l’image jusqu’à sa disparition ultime.
Dans ce court format, les images défilent en boucles de quelques secondes sur une bande son qui elle s’étire sur 2 minutes.
Cette vidéo est aussi éditée sous la forme d’un flipbook : Vanity book.
Des cris d’oiseaux envahissent l’espace d’un tableau abstrait mouvant. Au fil du temps un suspense sonore s’installe.

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